Le cosplay de Mathurin

Mon fils est arrivé pour les vacances de la Toussaint avec un projet très précis : se faire un cosplay pour une convention à venir.

Mais histoire de se démarquer, il n’a pas imité un personnage existant. Il a créé le sien. Ce n’est donc pas à proprement parler un cosplay mais un véritable costume.

Et nous voici partis tous les deux dans ce délire, à faire le moulage de son visage et un masque à partir du positif, ce qui nous a pris le premier week-end des vacances, et qui fera l’objet d’un autre article. Puis le lundi matin direction le marchand de tissu pour acheter de quoi faire une cape longue à capuchon (un peu façon Jedi mais sans les manches) et une chemise à jabot.

Pour les patrons impossible à trouver ça même sur le Web, sauf aux USA à des prix attractifs : inférieurs aux frais de port, ce qui représente malgré tout une jolie somme au final surtout quand il faut passer par plusieurs marchands. Et en plus ce n’était pas exactement ce qu’on voulait faire.

Conclusion : on fait le patron soi-même ! Je n’avais jamais fait de chemise de ce type et encore moins de cape, mais comme le dit la devise Shadock : «  Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller !… et le plus vite possible. » Donc on a attaqué sans plus attendre. Et en réalité je n’ai même pas fait de patron, j’ai tout improvisé au fur et à mesure.

Comme ce n’est pas si simple, j’explique ci-dessous les étapes de fabrication des deux vêtements. Par contre je ne pourrai pas fournir de patron, tout a été tracé à la volée à la craie tailleur sur le tissu.

Pour ceux que ces détails n’intéresserait pas, tout d’abord les photos ! Les explications viendront ensuite…

Cet article se trouve également sur le site de mon fils, donc si c’est à lui plus qu’à moi que vous avez envie de laisser un commentaire, rendez-vous sur cette page.

 

La cape

Description

Il la voulait longue (jusqu’aux pieds) soit 1,50 m de tissu, et noire doublée de blanc. Pour avoir un beau drapé je lui ai conseillé du satin duchesse (plus beau et plus épais que l’ordinaire). Comme 4 coupons de 1,50 m en 1,50 m de large, c’était déjà assez onéreux, j’ai décidé que ça suffirait pour la largeur du bas, ça devrait tourner déjà pas mal comme ça. Et effectivement les photos le prouvent, la cape fait quand même 3,70 m de circonférence en bas ! Ça peut faire des beaux drapés…

Patron

Pour faire le patron de la cape proprement dite j’ai commencé par faire un relevé d’un empiècement dos d’une de mes chemises. Il n’y en a pas sur toutes les chemises mais en général c’est une partie de tissu en double, sur lesquelles sont fixé le pied de col, le dos proprement dit, et le devant. Ce qui m’intéressait c’était d’avoir d’une part la pente des épaules et l’arrondi du cou. J’ai tracé ça sur le haut du tissu en centrant bien, et découpé uniquement le cou, tant sur l’arrière que l’avant. Mais sur une seule couleur, des fois que je me raterais… Ce qui n’a pas été le cas heureusement.

Ensuite j’ai fixé ça sur mon fils avec des pinces à ressort (celles qu’on trouve en magasin de bricolage, les petits modèles). Une pince de chaque coté du cou, deux sur le trait des épaules , et encore une ou deux pour suivre l’arrondi du bras. On vérifie que ça tombe bien et on met une dernière pince pour assembler l’avant et l’arrière, et on trace bien l’arrondi des épaules sans aller trop loin puisque le tissu ira en s’évasant.

 

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On fait également de place en place un trait au ras du sol ce qui permettra de dessiner l’arrondi en n’oubliant pas de bien marquer le bord, là où l’avant sera cousu sur l’arrière. On fait ces traits tant à l’avant qu’à l’arrière, et on fera en sorte d’harmoniser les deux tracés ensuite.

Il n’y a plus qu’à démonter (retirer les pinces) et dessiner l’arrondi du bas en passant au milieu de tous les traits déjà tracés, puis un trait bien droit qui part de l’arrondi du bas et qui remonte jusqu’à l’arrondi des épaules. Normalement si le modèle n’est pas bossu ou bancal on doit avoir un dessin symétrique. Si ce n’est pas tout à fait le cas, on fait une moyenne à l’œil de Moscou… Et également avec la partie avant (si on a tracé sur l’arrière).

Il ne reste plus qu’à couper les 4 coupons en pliant le tissu par moitié en suivant le droit fil. Je sais, on doit travailler le satin dans le biais mais ça aurait vraiment coûté trop cher… Et au final ça tourne vraiment très bien.

 

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On recoupe ensuite les coupons correspondant à l’avant en deux dans le sens de la hauteur, et on surfile tout ça.

Pour le capuchon j’ai réussi à trouver des modèles assez convaincants sur des sites de déguisement, dont je me suis inspiré. Et histoire de ne pas acheter encore du tissu pour ça tant pis on raboutera deux morceaux pris dans les chutes de la cape, à hauteur des épaules. Au final ça ne se voit pas, ce n’est pas ça qu’on regarde.

Je met le dessin du capuchon ci-dessous ça vous évitera de fouiller trop longuement le Web. Il est dans le sens vertical, il ne faut pas le pivoter de 90° et en faire un casque de moto !

 

capuchon

Pour vous aider à le reproduire, la dimension du bord vertical de droite est de 55 cm (avant coutures) dans la réalité, le reste peut se dessiner à main levée. La couture arrière n’a pas vraiment d’importance, elle ne sert qu’à donner la forme approximative du capuchon, et l’encolure pourra être ajustée ultérieurement, soit en l’agrandissant d’un coup de ciseaux (il faudra recouper très progressivement l’arrondi), soit en la diminuant avec quelques pinces, pour l’adapter à celle de la cape.

Il faut faire 4 morceaux identiques, deux pour l’extérieur et deux pour l’intérieur donc dans notre cas 2 noirs et deux blancs. On se débrouille pour faire tenir le capuchon dans les chutes, ce qui obligera à faire une couture verticale qui se situe à un tiers de la largeur à partir du bord avant (qui est à droite sur le dessin). Cette couture se situe le long du trait d’axe vertical.

 

Fabrication

Première étape, on surfile le tout. J’avais dit à mon fils que je voulais bien lui coudre les vêtements mais je lui ai demandé de se charger de cette partie qui n’est pas vraiment complexe mais longue. Du coup il a eu envie de continuer et hormis quelques passages assez techniques de la chemise comme l’encolure et les gorges des poignets, il a tout fait tout seul. Cependant dans les explications je dirai on et non il, car on a travaillé ensemble tout du long, et si c’était lui qui cousait c’était sur mes indications.

Il nous a fallu la semaine pour tout faire, car Monsieur se lève tard en vacances, ce qui est ma fois légitime. La dernière couture (les boutons) a été faite quelques heures avant de prendre le train pour repartir.

On commence par le capuchon.

Atelier de couture façon geek

Atelier de couture façon geek – l’assemblage des deux parties d’un morceau blanc

On assemble les deux moitiés de chaque morceau endroit contre endroit, et on aplatit au fer. Ensuite on coud ensemble les deux morceaux de chaque couleur, toujours endroit contre endroit, et bien évidemment uniquement la couture arrondie de l’arrière de la tête. On retourne une couleur, et on aplatit la couture au fer, et on glisse ce morceau dans l’autre, pour faire la couture droite de l’avant. On retourne le tout, on aplatit la couture, et on fait une (ou deux selon les goûts) surpiqûre à 5 mm du bord pour que rien ne bouge.

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On fixe les parties avant sur la partie arrière pour chaque couleur, couture des épaules et couture verticale. À ce stade on peut déjà faire un essayage et retoucher l’arrondi du bas.

Ensuite montage des deux morceaux sur le capuchon, le capuchon à l’endroit et les moitiés de cape retournées par dessus pour avoir toujours endroit contre endroit. Ce n’est pas évident à expliquer, mais disons que le capuchon sur l’endroit va se retrouver à l’intérieur de la cape qui est sur l’envers.

C’est la partie la plus délicate. Il vaut mieux faire un bâti propre et vérifier que la longueur de l’encolure correspond bien à la dimension du capuchon. Sinon, comme expliqué précédemment, on pourra soit agrandir celle-ci, mais avec précaution. En effet, passer d’un cercle de 20 cm de diamètre à 21 cm, soit seulement 5 mm de tissu retiré sur le rayon, augmentera la circonférence de plus de 3 cm (2 fois π ) ! Donc si on doit récupérer simplement 1 cm il vaut mieux froncer un peu la cape que bricoler le capuchon. Pour rétrécir son encolure, c’est plus simple, il suffit de quelques pinces au niveau des coutures de l’arrière mais également celles des côtés, de façon à répartir le rattrapage. C’est ce qui nous est arrivé, et encore de très peu.

Après montage du capuchon il vaut mieux refaire un essayage, avant de faire les deux coutures verticales du devant. Il faudra stopper une des deux coutures à environ 30 cm du bas, pour pouvoir retourner la cape à la fin.

On fait l’arrondi et en fait encore un essayage, il est toujours temps de reprendre une couture pour que ça tourne bien. C’est ce qu’on a fait, on a un peu raccourci par endroit en refaisant une nouvelle couture en retrait de la précédente, sans même recouper le tissus, ce n’est pas plus mal que le bas soit un peu alourdi.

On retourne la cape, on aplatit les coutures (c’est un peu chaud, il y a beaucoup de tissu à manipuler, il glisse facilement et il faut bien aplatir au milieu des deux couleurs) et on surpique. L’ouverture qui a permis de retourner la cape ne sera cousue qu’avec cette surpiqûre, mais ça n’a pas d’incidence sur la solidité.

Il ne reste plus qu’à coudre le brandebourg sur la cape. J’ai insisté pour que Mathurin fasse cette couture à la main, et non à la machine,car le fil noir aurait fait vraiment moche s’il avait traversé le tissu blanc. Ainsi la cape est parfaitement réversible, il suffirait de coudre par exemple deux gros boutons argentés sur cette face en regard de la fixation des brandebourgs, et prévoir un lien entre eux. Ou simplement deux jolis liens ou cordelettes que l’on nouerait. Non on ne peut pas mettre des brandebourgs des deux côtés, la patte de fixation de l’autre couleur, qui dépasserait fatalement, serait trop visible. Cette partie n’est pas encore faite.

Le brandebourg

Le brandebourg

Si j’y avais pensé avant, je lui aurait dit de ne coudre les bords verticaux avant que sur une trentaine de cm, ça permettait d’essayer correctement la cape, de positionner les brandebourgs, puis les coudre sur leur seule couleur de tissu à la machine. Mais comme je l’ai dit plus haut, on a improvisé tout du long.

J’ai aussi longuement hésité sur l’Intérêt de renforcer le satin avec une pièce de toile pour éviter une déchirure due à la traction du brandebourg, mais un entoilage thermocollant aurait durci de façon visible le tissu, et une toile non collée aurait fini par tire-bouchonner entre les deux faces ce qui aurait été encore plus moche. Comme finalement la coupe au niveau des épaules est bien ajustée, le brandebourg ne subit quasiment aucune traction, la cape tient quasiment toute seule.

La chemise

Description

On l’a dit, à jabot, donc qui ne s’ouvre pas jusqu’en bas sur le devant, et à manchettes. Avec de la broderie anglaise sur ceux-ci et en bas pour faire encore plus joli. Et pour avoir un beau drapé, et de la fluidité, du crêpe lourd noir s’imposait.

Pour le col Mathurin n’en voulait pas (une encolure à la grand-père, à savoir uniquement le pied de col) alors que je proposais de faire différents cols amovibles à la façon des faux-cols des chemises à plastron. Mais non il ne veut pas de col. Rien n’interdira de faire des cols ultérieurement en cas de besoin donc on a fait comme ça.

Pour les poignets et manchettes on aurait pu se contenter de rallonger la manche et la resserrer au niveau du poignet avec un lien au autre système mais on a préféré de vrais poignets, qui permettent d’avoir des boutons de manchette, ce qui est quand même plus joli, bien que pas mal plus difficile à faire. Mais on a divisé la taille des poignet par deux, on a juste une petite bande, dans laquelle il a fallu faire tenir à la fois les fronces de la manche et celles de la manchette…

Comme on voulait faire pas mal de plis on a majoré la dimension du tissu, soit 1,50 m en autant de large, alors que 1,20 m aurait suffit pour une chemise normale.

Le patron

On est parti d’un patron de chemise à plis et à plastron qui traînait dans mes archives. Même si Mathurin n’aimait pas du tout (hé oui la mode change beaucoup!) ça faisait une bonne base de départ, et ensuite on a improvisé au fur et à mesure. Sinon on aurait pu partir d’un patron de chemise ordinaire, ou en faire un en reportant une chemise existante sur du papier patron, voire en démontant une vieille chemise (la prochaine fois que vous en aurez une à réformer, réfléchissez avant d’en faire des chiffons). Le principe est qu’on agrandit la largeur de la partie avant et arrière, et des manches, et ensuite on fait rentrer tout ça là où ça doit aller.

Mais quand on a commencé à placer les morceaux du patron, en agrandissant ici ou là pour avoir tous les plis qu’on voulait, on a réalisé qu’on avait été très optimiste quant à la quantité de tissu nécessaire. Il a vraiment fallu ruser, et traquer le moindre cm disponible pour réussir à tout caser. Heureusement que le crêpe n’a pas vraiment de droit fil, ce qui a permis de couper certaines petites pièces comme les poignets et col dans les coins des arrondis (si, si, chez nous les arrondis ont des coins !) en les tournant de 90 °. Et pour le jabot on a été obligé de le faire en deux morceaux, on s’est débrouillé pour que la couture de raccord soit masquée par un pli… On n’aurait jamais pu faire de col, même si on avait voulu.

Pour avoir de jolies fronces il aurait fallu multiplier les largeurs des pièces par 1,5 mais comme on n’avait pas trop de tissu, on a mis un peu moins, on s’est débrouillé pour tout caser comme on pouvait. Le résultat est là quand même.

La fabrication

Comme pour une chemise normale, on a commencé par monter le dos sur les empiècements dos, en fronçant : on fixe les extrémités et le milieu, et ensuite on réparti harmonieusement, et le tour est joué !

Les fronces

Les fronces

Le jabot

Comme on n’avait pas vraiment d’idée de la façon dont il fallait faire, on a improvisé.

On a d’abord cousu la broderie tout le long, sans revenir sur les petits côtés qu’on savait disparaître dans l’empiècement dos.

On a ensuite bâti celui-ci sur deux bandes de toile, en tâtonnant jusqu’à ce que le résultat nous convienne, surtout quand on tenait les bandes de toile verticalement, il fallait que les plis tombent bien.

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Ensuite une couture au ras du bord pour fixer celles-ci, avant démontage des bandes de toile. Puis fixation sur le devant, en faisant bien attention de remonter jusqu’à la pointe de l’encolure, donc il y a des parties à recouper. Ensuite seulement on fait la fente pour les bandes de boutonnières, et on installe celles-ci. Mathurin avait commencé à faire cette partie aussi, mais comme on n’avait vraiment plus de tissu, il a fallu rabouter une bande de toile noire issue de mes archives au crêpe, et se débrouiller pour qu’elle ne soit pas visible, donc située à l’intérieur de la chemise. C’est là qu’il a réalisé qu’il n’y arriverait pas, et que j’ai pris le relais. C’est vrai que cette partie n’est pas évidente à faire. Ensuite c’est lui qui a fini le montage dans les empiècements dos.

Les manches

Comme pour le dos et le devant on réparti bien l’excédent de tissu aux emmanchures, en mettant plus de fronces sur le dessus, ça fait plus joli. Même si ce n’est pas facile à bâtir car les arrondis sont antagonistes, le résultat est facile à apprécier visuellement avant la couture. Et couture des dessous de manche et des côtés, ourlet du bas et pose de la broderie, ça commence à ressembler à quelque chose.

Ensuite montage des manchettes dans les poignets, et j’ai repris le relais pour la fabrication des gorges, malgré que je pense que Mathurin aurait pu venir à bout de cette partie tout seul.

Pour finir, insertion des bas de manche dans les poignets, c’était bien serré, il a fallu utiliser de la colle à tissu par endroit pour faciliter le bâti.

Le col

J’ai laissé Mathurin faire le pied de col, ce n’est pas bien difficile, mais c’est moi qui l’ai monté sur l’encolure, c’est personnellement la partie que je trouve la plus compliquée à bien réussir dans une chemise, alors je n’allais pas l’obliger à le faire, au risque de rater. On n’avait plus de tissu pour réparer une erreur.

Les boutons

Sans être vraiment une chemise à plastron l’esprit y est quand même, donc je lui ai suggéré de faire des boutons de plastron en plus des boutons de manchette. On est allé choisir des perles métalliques dans un magasin d’art créatif, et pour le plastron on les a cousues sur des boutons ordinaires, et deux par deux pour les boutons de manchette, en laissant un peu de jeu pour l’épaisseur du tissu entre les deux. Il n’y a donc pas une bande de tissu avec des boutons et une en face avec des boutonnières, mais deux bandes de boutonnières et on boutonne à travers les deux.

Le résultat est très élégant, on n’aurait jamais trouvé des boutons pareils, mais de plus il y a un gros avantage à ne pas avoir de boutons cousus sur la chemise, mais démontables. Le jour où il voudra introduire une touche de couleur, pour se marier avec un autre effet vestimentaire, il suffit d’acheter d’autres perles, faire d’autres boutons et les poser à la place de ceux en place… Sympa, non ?

Les noutons de plastron : à gauche une perle, à droite un bouton noir sur l'envers

Les boutons de plastron : à gauche les perles, à droite un bouton noir sur l’envers et la bande de toile noire

Le budget

Le truc qui fâche, les sous… Finalement c’est raisonnable par rapport à la qualité du costume :

  • le satin pour la cape : 48 € ;
  • le crêpe pour la chemise : 22,50 € (mais il aurait fallu compter 25 pour être à l’aise) ;
  • la broderie anglaise : 8 € ;
  • et quelques euros de plus pour les perles, les boutons, le fil, l’entoilage thermocollant pour l’encolure et les poignets.

Donc au total 80 € environ. Et une semaine de travail…

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